| 06 Mars 2010
La maison du diable
séance du 11 mars
Nous avons gagné ce soir, Le jour où la Terre s’arrêta, West Side Story, La maison du diable, La mélodie du bonheur, Le mystère Andromède, Star Trek : Le Film… il est toujours bien d’énumérer ces chefs d’œuvre du cinéma hollywoodien et de se rappeler qu’ils sont l’œuvre du même réalisateur : Robert Wise. En 60 ans de carrière et une quarantaine de films, il a touché à tous les genres, parfois plusieurs fois, du film d’horreur au film noir, en passant par le western, la science-fiction, la comédie musicale, le drame ou le film de guerre. A l’instar d’un certain Stanley Kubrick ? Contemporains, les deux hommes étaient souvent comparés, ou plutôt opposés. L’un était l’artiste, l’autre l’artisan. Robert Wise était bien sûr le second, celui qui obéissait aux studios, qui se pliait à un genre et un budget, alors que Kubrick apposait son regard, neuf, unique. Une caricature, que certains comme Martin Scorsese s’efforceront de combattre et qui oublie de faire de Wise un réalisateur dans la plus pure tradition hollywoodienne. Non pas un « auteur » au sens des Cahiers du cinéma première époque, mais un technicien au sens noble du terme, qui s’attaque aux genres et aux styles avec toujours en tête la matière cinématographique au service d’une histoire, quelle qu’elle soit.Robert Wise commence à travailler au début des années 30 aux célèbres studios RKO, en amenant les bobines des salles de montage à celles de projection. Il devient ensuite monteur son puis image, avec des films comme La fille de la cinquième avenue, Mon épouse favorite, Casimodo et surtout Citizen Kane et La Splendeur des Amberson d’Orson Welles. Il obtient un Oscar pour le premier et tourne des scènes additionnelles sur le second. C’est aussi à cette époque qu’il devient familier des effets d’optique, dont regorge Citizen Kane, et qu’il utilisera à sa manière d’un film à l’autre, empruntant une technique sur un genre pour l’appliquer à un autre, donnant à chacune de ses incursions une touche spéciale et une valeur unique.
En 1944, il remplace au pied levé Gunther von Fritsch à la réalisation de La malédiction des hommes-chats, fausse suite de La Féline de Jacques Tourneur. Il récidive dans le cinéma fantastique l’année suivante avec Le récupérateur de cadavres qui réunit les deux icônes du genre Bela Lugosi et Boris Karloff. En une poignée de polars et de westerns, il devient incontournable aux studios RKO et prouve qu’il ne se limite pas à un genre de cinéma. Avec la même aisance et la même efficacité, il passe du mélodrame (Mon grand, La tour des ambitieux, Femmes coupables), à la SF (Le jour où la Terre s’arrêta, Le mystère Andromède), à l’historique (L’odyssée du Hindenburg, Hélène de Troie avec Brigitte Bardot en esclave et Raoul Walsh en réalisateur de seconde équipe), à la guerre (Les rats du désert, La canonnière du Yang-tse) ou à la comédie musicale (West Side Story et La mélodie du bonheur, pour lesquels il remporte l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur).
C’est entre ces deux derniers films, en 1963, que Robert Wise décide de réaliser The Haunting – La maison du diable. En contrat avec la MGM pour encore un film, il proposa The Haunting, dont il avait acheté les droits du roman The Haunting of Hill House de Shirley Jackson après avoir lu une critique dans Time magazine. Le studio n’est enclin à lui donner qu’un million de budget, qu’il réussit à gonfler à 1,1 millions de dollars. Le film s’invite encore aujourd’hui dans toutes les listes des films les plus effrayants de l’histoire du cinéma et les historiens le considèrent comme le plus subtil et le plus beau.
The Haunting, c’est Alice au pays des fantômes. Eleanor perdue dans ce huis clos qui débute sur une idée pré Loft Story. Un professeur désireux de prouver la présence de fantômes dans la maison hantée de Hill House fait appel à des personnes ayant eu contact avec le surnaturel et décide d’analyser les phénomènes sur place. Manipulation ? Surnaturel avéré ? Traumatisme, murs qui gémissent et portes qui craquent sont la recette de Robert Wise pour faire planer le doute sur cette maison. Travail sur les contrastes, jeux de miroirs, cadrages baroques… la maison devient littéralement vivante. Le jour, elle regarde se hôtes, la nuit, elle les avale. Mais The Haunting est aussi un conte sombre, sur la solitude d’Eleanor, sa perte et l’amour impossible. Mais n’en dévoilons pas trop et laissez-vous habiter par ce classique du cinéma fantastique.
« You may not believe in ghosts but you cannot deny terror »












