Les Aventures du Prince Ahmed ou quelque chose de l’essence du cinéma
Il y a quelque chose d’émouvant à la vision du premier long métrage d’animation de toute l’Histoire du Cinéma. C’était en 1926, en Allemagne. Lotte Reiniger, élève de Max Reinhardt qui passait son temps libre à découper les silhouettes de ses acteurs, applique sa technique au long métrage après avoir présenté au public son premier petit film de silhouettes, Das Ornament des Verliebten Herzens (1919) . Avec pour sujet deux des fabuleuses histoires des Mille et Une Nuits, « Aladin ou la lampe merveilleuse » et « Le cheval volant », Lotte Reiniger envoûte le spectateur par ces contes populaires arabes vieux du Xème siècle et plonge le cinéphile aux origines mêmes du cinéma : des ombres et de la lumière.
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Les Aventures du Prince Ahmed est plus qu’un film de silhouettes. C’est un véritable cabinet des curiosités, en plus d’être une formidable leçon de cinéma. A ne pas confondre avec un dessin animé traditionnel, le film est entièrement composé de personnages en papier découpés et concerne en réalité deux arts : celui de la silhouette, bien sûr, technique popularisée sous Louis XV qui servait à dessiner, aux ciseaux, un profil dans du papier noir que l’on collait ensuite sur un fond blanc et que l’on encadrait. Le deuxième art est celui du théâtre d’ombres où l’on racontait des histoires au moyen de silhouettes découpées et animées grâce aux articulations des épaules, des coudes et des hanches et à l’aide d’un bâton. Cet ancêtre du cinéma n’est pas sans évoquer le cabaret du Chat Noir, crée en 1881 à Montmartre.
Esthétique primitive donc mais modernité aussi de ce cinéma muet et pourtant des plus sonores, en noir et blanc et pourtant haut en couleur ! La partition du film n’est pas signée par Wolfgang Zeller par hasard, lui qui a composé pour le Vampyr (1932) de Carl Dreyer. Car le cinéma fantastique et le caligarisme ne sont jamais loin... On ne peut en effet s’empêcher, en voyant le terrible Mage Africain, de penser à l’emprise de Méphistophélè...
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